J'ignore si vous connaissez le groupe d'activistes de Sauvons les riches. Ce comité d'action, issu de la même mouvance que Génération précaire ou Jeudi Noir, est né pour soutenir une des mesures phare d'Europe Écologie : l'instauration d'un salaire maximal européen équivalent à trente fois le salaire minimum. Ce qui fait plus de 30.000 euros et reste somme toute très confortable, enfin il me semble car je n'ai jamais eu une telle somme...

  J'ai la chance d'appartenir depuis peu à ce petit groupe (une vingtaine de gens au grand max) qui fait cependant beaucoup parler de lui. Aller décerner des pantoufles dorées à François Pérol lors du conseil d'administration de Natixis, un diplôme de fils à papa à Jean Sarkozy au Rottary Club, offrir une montre bas de gammes à Ségéla... Ces images ont été fortement relayés par une presse enthousiaste. Certes il est peut-être triste qu'il faille nécessairement passer par le spectacle et l'image pour faire passer des messages aujourd'hui, mais c'est un fait. Et la revendication par l'humour, le décalage, et le dialogue est à mes yeux le meilleur choix pour ça !

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   Sauvons les riches s'adresse aux riches, sans les diaboliser ou pointer l'argent comme le mal absolu, le but du collectif est d'aller là où se trouvent ceux qui sont objectivement les responsables de la crise : ceux qui gaspillent, dépensent, claquent un smic en un repas... C'est donc dans un lieu hautement symbolique que nous devions agir, ce lieu c'est le Bristol, restaurant huppé où le président Sarkozy à ses habitudes et où le menu au plus bas prix est à 95€, vin non compris.

   Ayant réservé une table pour sept, nous y avons envoyé 4 de nos amis en éclaireurs, qui ont commandés "Un radis et un grand verre d'eau du robinet", en référence au film Le Grand Restaurant, que notre président à déclaré être son favori... (pour ma part je ne l'ai pas vu). Quelques minutes après les retardataires sont arrivés, soit quelques autres jeunes du groupe et... une trentaine de journalistes ! Radio, presse écrite, TV, ils s'étaient donnés le mot et sont venus en masse. L'entrée s'est étrangement faite sans aucun problème, le portier ne s'étonnant pas de voir cette troupe débouler, dont un jeune à baskets jaunes portant une sono...

  Nous nous attablons alors et, en toute logique, nous préparons à manger. Vin à 1€60, baguettes, saucissons et vache qui rit sortent des sacs et le déjeuner commence sous les explications de Manuel Domergue, le porte parole :

« Nous allons à la rencontre des riches anonymes pour leur proposer un autre mode de consommation. Il y a beaucoup trop de gaspillage dans notre société, il faut reconvertir l'économie. Cela passe en priorité par rééduquer ceux qui ont le plus d'argent. » et pour cela, quoi de mieux que de leur prouver qu'il est possible de bien manger, simplement, avec pas plus de 5€ ? Histoire d'investir son argent ailleurs, de manière un peu plus utile...

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  Il n'y a pas foule au Bristol, "Connaissent-ils la crise ?" s'interroge Julien, mais celle qui est là rigole, voire (selon la vidéo du nouvel Observateur, cf liens plus bas) comprend et approuve la cause. Certains serveurs viennent même me voir, curieux, et sont rassurés de comprendre qu'il ne s'agit pas d'attaquer le Bristol, ni même les restaurants de luxe, mais bien ceux qui y vont tous les jours, comme si c'était normal. Et par là de dénoncer un mode de consommation excessif, d'autant que quand le président vient c'est avec les sousous des citoyens qu'il paye ses joyeuses sauteries...

  Manuel va voir les clients pour faire signer la pétition et la sécurité arrive alors, très remontée, et s'en prend courageusement au plus isolé qu'elle tente d'emmener derrière une porte, Je vous laisse vous deviner pour quoi faire mais je vous dit juste que ce n'était pas pour lui faire les yeux doux... Poussée par la sécurité nous quittons nos chaises pour essayer de rejoindre Manuel, les journalistes ont heureusement filmé la scène. Des moments comme les poings dans la gueule de Yannick (ce après qu'il ait dit "On peut discuter, on est pareil toi et moi", chose que le vigile a très peu goûté), ou la projection de Julien en bas d'escalier, sur du béton, valent leur pesant d'or ! Manuel, plus discret, s'est contenté d'abîmer méchamment une de ses phalanges.

   Un changement de cap à lieu, le vigile le plus violent ayant été écarté par ses comparses, eux même effrayés par son manque de contrôle : il venait d'agresser une journaliste et de jeter une caméra au sol. Tandis que la sono continue d'éructer son joyeux "Vient boire un petit coup à la maison" sur lequel les moins abimés se trémoussent en chantant, on présente une autre sortie : le parking. Son portier hilare a d'ailleurs eu le malheur de nous féliciter, ce que son chef n'a que peu apprécié. Sur le parking quelques employés, sans costumes, boivent leur café dans des gobelets en plastique et applaudissent. "Laissez tomber, ça sert à rien de discuter avec eux" lancent-ils à l'adresse d'un Manuel, toujours diplomate, qui essayait encore, sans doute avec ce que l'on appelle l'énergie du désespoir, de dialoguer avec son interlocuteur.

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  C'est sans avoir pu faire boire une goutte de notre mousseux aux gardiens que nous sommes partis, on a pu trinquer avec les employés du parking en compensation (et quand on leur a demandé : c'est bon au moins le resto ? Leur réponse a été qu'il n'avait jamais pu gouté une miette, bien trop cher).  Toujours chantant nous sommes repartis en longeant le magasin, sous le regard rageur - et pourtant si jouissif - du chef des gardes chiourmes qui se rappellera sans doute longtemps de ces vingt minutes (à peine) !

  Merci donc au journalistes d'avoir couvert de manière plutôt large cette action (l'envoyé d'RTL est même sortie 5 minutes faire son sujet pour le journal de 13h avant de revenir). Choqué par la violence disproportionné des gardes, ils ont salué notre combat de manière plutôt unanime. Espérons qu'ils seront aussi nombreux mardi prochain, quand Sauvons les riches s'immiscera dans la Fête des voisins !


Les articles et vidéos de la presse :

* Un article, informatif et plutôt complet, de l'AFP
* La TV du nouvel Obs, avec des clients interviewés.
* Un bon article de l'Express, agrémenté de courtes vidéos qui révèlent bien l'ambiance.
* Vers la sixième minutes du journal de 13 heures (et non de midi) on a le premier reportage sur l'action !
* Le délirant reportage du Baron Pouly-Rotchild, on se demandait ce que c'était que cette caméra avec un canard jaune...
* Et le papier de Rue89, on y trouve particulièrement la vidéo la plus éloquente à propos de la violence de l'altercation. C'est d'ailleurs cette caméra(wo)man qui a vu son micro de caméra se faire arracher....

Et pour conclure de manière un un peu objective : "Nous ne portons pas de jugement sur les idées de ce collectif mais réfutons les moyens mis en œuvre", a déclaré le PDG du Bristol, Pierre Ferchaud, dans un communiqué.

Les photos de l'articles sont ©  2009   AFP