En fin/début d'année les top 10, top 20 fleurissent... D'ailleurs de nombreux amis me demandent de leurs envoyer une liste de mes meilleures lectures. Mais quand sortent plus de 5000 bandes dessinées par an, que représentent 10 ou 20 d’entre elles ? Et si, après tout, les BD valables ne sont pas si nombreuses, pourquoi se forcer à les indiquer ? D'où l'idée de ce « Top x », qui n'a rien d'érotique, mais veut juste ne pas se fixer de limites précises. Cette année il s'agit d'un Top 44, ce qui est certes un nombre appréciable (surtout vu le prix des bandes dessinées) mais représente finalement bien peu dans la flopée annuelle.

Comme toute liste, elle est profondément arbitraire, contient des manques et sans doute des éléments discutables pour d'autres que son rédacteur. L'un d'entre eux, flagrant, est le manque de manga. Étant pourtant lecteur de manga j'ai du mal à comprendre cette absence : sans doute est-elle due à un grand nombre de lectures datant d'autres années. Cette liste ne comprend donc que deux mangas, ce qui est sans doute très réducteur.

De la même manière, certains éditeurs sont beaucoup plus représentés que d'autres. De fait, certains surclassent leurs collègues, mais en rédigeant j'ai constaté que j'avais par exemple lu très peu de titres de Cambourakis, d’Atrabile, des Requins marteaux ou de chez Çà et là cette année. Il s'agit pourtant d'éditeurs qui sortent de très beaux livres, et en regardant les parutions de 2012 certains sont tout à fait alléchants (Vanille ou chocolat ?, Les Fabuleuses Chroniques d'une Souris Taciturne ou Cleveland...).

Mais voilà, c'est aussi le hasard de ce qui tombe entre les mains qui dicte mes choix, et si je lis sans doute bien plus de bandes dessinées qu'un français lambda, je reste limité en temps et suis obligé de faire des choix de lecture, parfois pour des raisons très diverses (ainsi je n'ai pas lu le sans doute génial Big questions faute d'argent).

Cependant, précisons d’emblée que mes goûts sont ancrés dans la bande dessinée alternative. Cela se reflète forcément même si l'on trouve des titres de chez Dupuis ou Delcourt. Mais j'espère que ce top commenté pourra permettre à certains, parfois réticents, d'être curieux et d'aller creuser plus loin.

Enfin, ayant déjà du faire un long tri pour arriver à cette liste, j'ai renoncé totalement à un classement parmi les 44 titres, qui aurait de toute manière été totalement absurde (pourquoi tel titre 35e plutôt que 36e ?). Ils sont donc présentés dans l'ordre alphabétique. Prêts ? Partez ! Voici la première salve (sur trois) de ce premier TOP X !

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Au travail #1, d'Olivier Josso, L'Association, 21€.

Auteur majeur de la bande dessinée alternative, Olivier Josso n'avait jusqu'ici signé qu'un album, Douce confusion, recueil de récits épars. De fait il aime le collectif, le récit court , et son œuvre a toujours été dispersée, réussissant malgré tout à exercer une véritable influence. La parution d'un récit long est donc un événement, d'autant qu'il est annoncé en quatre volumes. Au delà de la simple constatation métrique, c'est une claque que nous livre ici Josso.

En s'attaquant à une autobiographie il livre non seulement une poignante introspection – l’absence de père, la solitude enfantine, le monde familial uniquement féminin tiennent une place forte – mais aussi, et avant tout, une très belle réflexion sur l'Art. Alors que tous les enfants dessinent puis arrêtent, lui à continué et s'interroge sur ce choix en invoquant les figures de son enfance. Très peu d'humains véritables, mais un panthéon de héros : Lucky Luke, Astérix et surtout le Spirou de Franquin. La Mauvaise tête et sa couverture monstrueuse marque intimement l'enfant Olivier. Devenu adulte, il ne peut revenir sur son parcours qu'en invoquant les images qui le hantent.

Imprimé sur un fond orange, le livre dégage une grande émotion graphique, par l'utilisation pensée du blanc et par les nombreuses réinterprétations de planches et cases fondamentales. En reproduisant, Josso accentue, isole, cerne. Au travail, loin d'une autobiographie auto-centrée, est une vision fondamentale qui parle mieux de l'acte, physique, du dessin que n'importe quel manuel.

 

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Blast #3, de Manu Larcenet, Dargaud, 22,90 €.

Une des suites les plus attendues de l'année. Larcenet y tient ses promesses : l'intrigue se dévoile, le dessin est somptueux. Le trait griffé prend parfois de véritables accents expressionnistes, contrebalancés par des lavis très justes. Larcenet est un des meilleurs poseur de gris du moment, ses lavis ne sont pas de la déco mais ont bien une âme. On a assez écrit sur Blast pour ne pas y revenir plus, c'est ciselé au cordeau, ça ne surprend plus autant qu'au début mais annonce une belle apothéose. Suite et fin au tome quatre.

 

LEBUS

Le Bus, de Paul Kirchner, Tanibis, 15 €.

Un des meilleurs titres de cette sélection de haute voltige. Paul Kirchner, ancien assistant du grand Wallace Wood, s'est largement émancipé de son maître dans cette série de strips publiés dans Heavy Metal dans les 80'. Ses travaux n’avaient jamais été publiés en France. Tanibis en fait une réédition soignée, aux noirs profonds, dans un format très agréable permettant une réelle immersion dans l'imaginaire flamboyant de Kirchner. Chaque strip tourne autour de la figure d'un Bus américain qui, tour à tour, est un inquiétant personnage, une porte ouverte vers des mondes insoupçonnés, le prétexte à des jeux formels, ou un simple héraut de la beauté urbaine. Dans chaque strip également, un petit homme à chapeau mou, banal entre tous, lisant son journal, fait les frais des expérimentations de l'auteur. D'une grande inventivité et empli de plusieurs possibilités de lecture, Le Bus est incontestablement un des indispensables de 2012.

 

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Ça va derrière ?, d'Orianne Lassus, Vraoum !, 12,20 €.

Celle qui gagna la Révélation blog sous le pseudo d'Aspirine livre son premier album. Il s’agit d’un étonnant récit d'apparence banale. L’auteur s'en tire grâce à une habile entrecroisement d'époques – le voyage estival d'enfance s'entrecroisant avec des vacances entre amis alcoolisées, au début de la vie d'adulte – mais surtout grâce à une aisance graphique époustouflante. Les compositions, très libres, traversent les pages dans une véritable danse. Elle entraîne alors le lecteur dans un flux solide qui force à l'accompagner sans coup férir au bout de son voyage.

 

canne

Canne de fer et Lucifer, de Léon Maret, 2024, 29,50 €.

Léon Maret était apparu au monde avec Laisse faire les sphères (Alain Beaulet, 2010), modeste mais foisonnant ouvrage poussant les frontières de l'absurde à un haut niveau rappelant le génie du Patrice Leconte dessinateur. En 2012 il a publié le décevant Course de bagnoles, laissant craindre une promesse non tenue. Et puis est sorti le massif Canne de fer et Lucifer, superbe ouvrage (plus de 200 pages, dos toilé) empli d'un incroyable souffle épique sur fond de Révolution française. À partir d'un argument étonnant – un jeune homme plus que candide se révèle un génie du combat de canne – Maret développe un monumental récit à tiroirs, n'hésitant pas à mélanger un grand nombre d'intrigues avec une cohérence et une science narrative qui laissent pantois. Au delà de cette maîtrise, qui pourrait être ennuyeuse, il y a un humour implacable et un dessin vif et léger qui virevolte avec son héros. À placer sans crainte à côté de Jacques le fataliste et de Vie et opinions de Tristram Shandy.

 

lacasa

La Casa, de Victor Hussenot, Warum, 20 €.

Le premier livre d'Hussenot est une expérimentation ludique autour de la case, élément incontournable de la bande dessinée pour beaucoup. Pourtant, outre le fait que l'on peut s'en passer, la case n'est souvent qu'un carcan, une norme. Hussenot, avec beaucoup d'imagination, fait de la case un réel moteur de l'action et réussi à chaque page à lui donner une nouvelle fonction. Il est particulièrement ambitieux de vouloir s'attaquer à ce qu'est la bande dessinée pour un premier livre, mais c'est fait avec une telle modestie, une telle efficacité, qu'on ne peut que rentrer dans le jeu et essayer de deviner (sans jamais réussir) où les cases d'Hussenot vont nous emmener.

 

ceroos

Ce #6 : L'Histoire du soldat, de José Roosevelt, Les éditions du Canard, 18 €.

Depuis de nombreuses années, José Roosevelt creuse son sillon : auteur complet, il auto-édite annuellement un tome de son grand œuvre, CE, 13 volumes prévus. L'univers de Roosevelt et très riche, assez complexe mais jamais fumeux. Il se développe dans de nombreux livres, les personnages étant toujours les même mais vivant d'autres vies (je ne saurais que trop conseiller L'Horloge, un de ses chefs d’œuvres). Dans Ce, il tisse des liens extrêmement fins entre deux univers parallèles où un homme a des vies bien différentes. Éditée dans un grand format, la série rend honneur au dessin de Rossevelt, nimbé de surréalisme et de gravure, clairement ancré dans une SF auréolée de fantasy. Cela prouve que ces deux genres ne sont pas voués à l'étalage éternel des même poncifs.

 

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Charonne – Bou Kadir, de Jeanne Puchol, Tirésias, 12,20 €.

Jeanne Puchol est de ceux qui ont compris que réalisme ne voulait pas dire stricte copie du réel. Dans Charonne – Bou Kadir elle réalise une puissante étude sur la fin de la guerre d'Algérie entrecroisant esthétique documentaire, souvenirs d'enfances, interview (voilée) de ses parents – militants pro-indépendance – et invocations mythologiques. Profondément engagé, absolument pas planplan ou moraliste, le livre est cru, dur et juste. Il montre la réalité d'une France qui a encore bien du mal à toujours se regarder en face. Empli de superbes compositions (de magnifiques scènes de manifestations), édité par une petite structure de sciences humaines engagées n'ayant jamais fait de bande dessinée, le livre est publié comme n'importe quel autre essai, avec le respect et le sérieux qui lui sied. Charonne – Bou Kadir a obtenu le prix Artémisia (récompensant une auteure de bande dessinée) 2013 et c'est amplement mérité.

 

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Creepy anthologie #1, collectif, Delirium, 26 €.

Creepy était une revue américaine publiée de 64 à 83 et consacrée à l'horreur, une horreur sous toutes ses formes : monstres, crimes, parfois les deux mêlés. Dans Creepy, le monde n'est pas beau, et le trait des dessinateurs (dont les grands Frank Frazetta, Al Williamson et Alex Toth) s'amuse à bien filer cette veine. L'alliance d'un grand format et d'une impression impeccable valorise ces traits tortueux, n'hésitant pas à montrer tout en gardant une belle intelligence du suspens et de la suggestion. La majorité des scénarios sont signés Archie Goodwin, homme à tout faire de la revue, qui révèle une belle plume, n'hésitant jamais à écorner les mœurs et le bon goût, dans la droite lignée des Tales from the crypt. L'ensemble du premier volume est complété de textes éclairants de Christophe Gans, Jon B. Cooke et l'incontournable Bernard Joubert, Creepy ayant bien sûr eu maille à partir avec la censure. Delirium, label de genre copiloté par Çà et là, a aussi publié une anthologie de Eerie, une revue globalement similaire. Je ne l'ai pas encore lue, mais elle semble être réalisée avec le même soin.

 

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La Crème de Crumb, de Robert Crumb, Cornélius, 25 €.

Anthologie mais pas seulement, La Crème de Crumb accompagnait la magnifique exposition du Musée d'art moderne de Paris. On y retrouve certains travaux connus mais aussi 70% de dessins et planches inédits, balayant tous les aspects du travail de ce dessinateur monomaniaque. Le tout est enrichi d'une très longue interview permettant de ne pas laisser les publications flotter mais bien de donner un sens à cette chronologie. Homme peu disert, Crumb se livre comme jamais (si ce n'est dans l'excellent documentaire de Terry Zwigoff). On regrette que l'entretien date de quelques années et ne couvre donc pas les derniers moments de la carrière – encore en cours – d'un des plus importants auteurs américains de le Bande Dessinée et de l'Art en général. Il reste qu'en français, c'est la plus riche mine d'informations, et le meilleur moyen de faire découvrir Crumb à un prix décent comparativement au travail fourni et à la beauté de l'objet.

 

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Crimechien et Hors-Zone, de Blex Bolex, Cornélius, 19,50 € et 25,50 €.

Sortis simultanément, les deux livres de Blex Bolex, pas vraiment des suites mais difficilement dissociables, se situent à la lisière de la bande dessinée, mais une lisière enthousiasmante. Polars fantomatiques, emplis d'ombre et de fumées, sur fond de trafic canin pour le premier, de perte de pied d'un détective pour le second. Le récit est très bien mené mais – et c'est extrêmement rare que je dise une chose pareille – on s'en fout, car le récit est plastique avant tout. Blex Bolex, amateur de sérigraphie, en a conservé le principe d’application des couleurs. Ses livres témoignent autant d'un talent graphique, pas besoin d'épiloguer là-dessus, que d'une connaissance et d'un amour des techniques d'impression. Le résultat est sublime, et à la beauté des formes s'ajoute une composition parfaite. Chez Blex Bolex tout semble couler de source. Une vision de l'évidence.

 

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Dalí par Baudoin, d'Edmond Baudoin, Dupuis, 22 €.

Livre de commande mais pas seulement, la rencontre de Baudoin et Dalí a été organisée par le centre Georges Pompidou à l'occasion d'une grande rétrospective du peintre. Pas spécialement amateur du personnage –  indissociable de l’œuvre –, Baudoin va se mettre à l'apprécier en le travaillant. Commençant comme une biographie dessinée assez classique, il se met peu à peu à y insérer ses dérives plastiques, détournant les topoi de l’œuvre dalienne. Baudoin fait aussi des choix, ainsi il parle finalement assez peu de Gala pour s'attarder saur d'autres choses, cherchant la fêlure, la fragilité, ce qui lui fera aimer l'homme qui se disait génie. Cette fêlure c'est le frère mort un an avant sa naissance, qui s'appelait aussi Salvador, et qu'il est venu combler. Ce drame frappe Baudoin, qui pense à Pierrot, son frère tant aimé (et bien vivant) décrit dans un magnifique ouvrage. Et alors Baudoin fait du Baudoin, parlant de lui à travers celui qu'il doit peindre. C'est ce que j'aime chez lui, et ce qui fait que d'autres le détestent. Ce premier partenariat entre Dupuis et Beaubourg est fécond, on espère en voir d'autre et on regrettera juste un format un peu trop petit.

 

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Le Dramaturge, d'Eddie Campbell et Daren White, Çà et là, 18 €.

Eddie Campbell, dessinateur de From Hell et d'Alec (deux ouvrages majeurs, mais pour le moins austères), se mettant à dessiner une série de courts récits sous forme de strips avec un arrière plan humoristique, voilà qui n'était pas gagné. Et pourtant c'est ce qui se passe dans Le Dramaturge, où il illustre des textes de Daren White dans un style proche du crayonné, rehaussé d'aquarelles. Des aquarelles qui collent à merveille à l'ambiance anglaise un peu désuète et à l'attitude affectée d'un personnage principal puant. Prétentieux, bouffi d'orgueil, méprisant et obsédé sexuel, le dramaturge a du succès mais ne comprend rien au monde. En se retrouvant à devoir prendre en charge son frère trisomique il est forcé d'y prendre pied, et l'endroit est beaucoup moins rassurant que les cartes postales kitsch qu'il affectionne. Caustique et grinçant, cet album inattendu réussi à tenir sur la durée, en faisant évoluer son personnage sans pour autant sombrer dans un happy end béat.

 

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Esteban #4 : Prisonnier du bout du monde, de Matthieu Bonhomme, Dupuis, 12 €.

Matthieu Bonhomme est sans doute un des meilleurs dessinateurs classiques du moment. Il a synthétisé une tradition de la bande dessinée d'aventure tout en y insufflant une modernité rendant son style reconnaissable au premier coup d'oeil. Esteban, débuté dans la belle revue Capsule Cosmique, était sa première série comme auteur complet. Un pari risqué, avec un personnage atypique – Esteban est un jeune indien tête brûlée parlant aux animaux et qui souhaite devenir baleinier. Les trois volumes précédents ont convaincu sans mal de la qualité de narrateur de Bonhomme : grande fuite dans les zones glaciaires, à bord d'un équipage mené à sa perte par un capitaine charismatique et fou, Esteban se trouvait en bien mauvaise posture. Mais moins que le reste de ses camarades, tous emprisonnés dans un camp de travail au fin fond du rien. Voilà donc une aventure d'impossible évasion, un épisode bien terrestre après trois tomes sur l'eau. Toujours aussi magistral dans son dessin (porté par de très sobres et belles couleurs – les scènes d'incendies sont de vraies leçons d'élégance), Bonhomme semble très à l'aise dans son rôle de conteur et sonne le retour de la Grande Aventure.

 

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Faits divers, d'Anouk Ricard, Cornélius, 11,50 €.

Pré-publié dans Le Tigre, les gags de Faits divers dérivent tous d'une anecdote d'apparence absurde issue de la presse (souvent régionale). En annonçant la conclusion dès le départ, Anouk Ricard s'amuse à imaginer ce qui à pu l’entraîner. Imaginant des situation délirantes mais tout à fait crédibles, nous comprenons ainsi comment de la cocaïne a pu être livrée à Auchan, comment un homme a pu voler une voiture en appelant à l'aide ou des cambrioleurs d'Angoulême être démasqués grâce à un pot de fleurs... Bien sûr il ne s'agit pas du tout des situation réelles, et heureusement : un documentaire n'aurait, en effet, pas plus d'intérêt que l'article de presse, mais c'est ce jeu sur le possible qui permet à ce livre d'être un véritable condensé d'incongruités. D'autant que l'univers coloré, empli d'animaux anthropomorphique et presque naïf que délivre Ricard donne à ses personnages un supplément d’innocence faisant naître le rire face à la bêtise malgré des situations parfois dramatiques.

 

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La Famille et L'Amour, de Bastien Vivès, Delcourt, 9,95 €.

Bastien Vivès, coqueluche des médias, talent certain mais sans doute surestimé, ne m'a jamais bluffé. Même Polina ne m'a pas fait tomber, j'ai passé un bon moment mais sans plus. Le côté émouvant tant loué dans ce livre et d'autres me semble assez peu réussi, tombant plutôt à plat quoique porté par un dessin gracieux. Finalement c'est plus dans sa veine caustique qu'il me convainquait : Les Melons de la colère, irrésistible délire gaudriolesque, et son blog, parfait condensé de récits d'humour noir et sans tabous. Ce blog est publié, regroupé par thèmes, chez Delcourt. Cinq tomes sont déjà parus, L'Amour et La Famille sont les deux meilleurs. Résolument féroces, ils touchent à des symboles qu'on a tendance à vouloir nous faire passer pour sacrés ces derniers temps. Vivès y piétine allègrement tout ce qui est convenable et découpe à merveille chacune des répliques. En simplifiant son dessin, il se révèle dialoguiste hors pair et qu'importe s'il est banal de dire que ce garçon a du talent : ces deux livres sont phénoménaux.

 

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Les Filles de Montparnasse #1 : Un grand écrivain, de Nadja, Olivius, 24 €.

Avec son action en plein Paris artistique et la bande d'amies bohèmes qui sert de héros, Les Filles de Montparnasse s'ancre irrémédiablement dans une veine bobo branchouille, effet renforcé par le traitement graphique (peinture et couleurs directes dans des tons rappelant le début XXe) et une maquette très élégante. Cela étant, avant d'être une insulte pour politique populiste, le Paris bohème est un lieu mythique, empli de romanesque, stimulant. Dans son triangle de femmes, Nadja semble extrêmement à l'aise, son pinceau étant aussi habile à peindre des ébats amoureux que les merveilleux livres pour enfants qui l'ont rendue célèbre. On y voit des héroïnes en proie à leurs contradictions, une nymphomane déchirée, un amant éperdu, un écrivaine voulant tirer un trait sur son passé et devenant négresse d'un philosophe en mal d'idées, une peintre de talent... Rien de révolutionnaire ou de fondamentalement nouveau mais Les Filles de Montparnasse charme et donne des envies d'Art.

 

A SUIVRE DONC...